Le lean dévoyé en dogme

Le Lean management a deux faces : ses outils et sa philosophie. Ses outils rationnalisent le travail et sa conduite, promettant des gains rapides. Sa philosophie développe ce que l’on nomme aujourd’hui la responsabilité sociétale de l’entreprise, promettant des gains durables. Les outils peuvent être greffés sur une organisation taylorienne de la production, avec des vues à court terme. La philosophie conduit à dépasser cette organisation, en réduisant les distances hiérarchiques et en accroissant l’autonomie des acteurs : ce gain de souplesse facilite les adaptations à long terme.

Le bilan du lean est contrasté. Son dévoiement en dogme imposé de manière procédurale a pu être ressenti comme une aggravation du taylorisme, et une dégradation de la qualité de vie au travail. Or, le lean tire sa force de sa capacité, en visant la satisfaction du client final, à produire de la qualité sur tous les aspects du processus.

Un retour aux sources du lean

Un retour aux sources est donc nécessaire. C’est ce que préconise Michel Sailly dans les 9 propositions qui structurent Démocratiser le travail : un nouveau regard sur le lean management, récemment paru. C’est ce que nous visons aussi, à travers notre approche lean design, qui s’efforce d’introduire le lean en douceur, au plus près des opérateurs, au cœur des ateliers, en leur apportant le « juste nécessaire » qui leur simplifie la vie : des démarches et des outils inspirées du lean, qu’ils peuvent adapter eux-mêmes à leurs situations de travail.

Dit autrement, le lean design engage les acteurs dans une démarche d’innovation de proximité. Elle joue sur les deux faces du processus d’adaptation : ajuster la nouveauté pour faciliter son assimilation, et s’ajuster soi même pour bénéficier des avantages qu’elle procure.